Les méthodes quantitatives en histoire de la santé : bilan d'une étude d'épidémiologie historique

Résumé : L’association avec un médecin épidémiologiste, également historien, a permis d’entreprendre une étude d’épidémiologie historique centrée sur la période moderne de l’Hôtel des Invalides – de sa fondation en 1670 à sa réorganisation en 1791 par la volonté de l’Assemblée nationale Constituante –, une expérience qui n’avait encore jamais été tentée en France. Parmi les archives volumineuses léguées par la fondation du roi Louis XIV, les registres de réception des militaires – officiers, bas-officiers, soldats de l’armée de terre –, trop âgés pour servir, usés par les fatigues de la vie militaire et/ou blessés dans les combats, y ayant sollicité leur admission, constituent une source d’une extrême richesse, qui se prête à une exploitation quantitative. L’armée a joué, en effet, un rôle essentiel dans l’histoire de la définition de l’identité et du signalement humain. Confrontée à la gestion d’un nombre croissant de troupes à partir de la seconde moitié du xviie siècle, elle s’est efforcée d’élaborer des procédures et de définir des catégories servant à l’identification des hommes. Les registres d’admission à l’Hôtel royal des Invalides illustrent ce patient travail « d’écriture du corps », au même titre que les registres de contrôle des troupes, naguère étudiés par André Corvisier. À son arrivée, chaque postulant était enregistré par le secrétaire garde des archives de l’Hôtel des Invalides ou son adjoint, puis examiné par le chirurgien-major avant de se présenter devant le conseil d’administration qui décidait de le recevoir ou de le renvoyer. De 1670 à 1791, plus de 110 000 notices nominatives ont ainsi été consignées dans 47 registres in-folio et 3 registres in 4o. Une page sur dix a été intégralement dépouillée dans les 47 registres qui couvrent la période moderne. 10 % de l’ensemble des notices rédigées ont été sélectionnés de la sorte, représentant 11 528 enregistrements de soldats. Le traitement proprement dit des données s’est déroulé en deux temps : il a commencé par une analyse lexicographique du discours sur l’état de santé, au moyen des logiciels Excel et Alceste ; cette analyse a permis d’identifier les mots et lemmes employés, de mesurer la fréquence de leur emploi, de repérer des expressions stéréotypées, de façon à construire des catégories de morbidité, d’incapacité et de handicap qui soient pertinentes pour l’analyse historique et épidémiologique. On a ensuite procédé à des calculs statistiques pour déterminer les caractéristiques sociodémographiques et sanitaires ainsi que le devenir des soldats, mais aussi pour identifier les facteurs associés à certains types de pathologie ou de devenir et les groupes à risques. Il semble vain d’opposer aujourd’hui l’histoire quantitative à l’histoire qualitative, l’histoire sérielle à la micro-storia. L’expérience exposée ici, montre au contraire que l’étude d’une micro-société peut passer par une approche quantitative.
Type de document :
Communication dans un congrès
Écrire l’histoire de la médecine : temporalités, normes, concepts, Nov 2013, La Plaine-Saint-Denis, France. 2013
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Contributeur : François-Xavier Mas <>
Soumis le : vendredi 27 mai 2016 - 14:56:24
Dernière modification le : mardi 22 mai 2018 - 20:40:10
Document(s) archivé(s) le : dimanche 28 août 2016 - 10:44:41

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Élisabeth Belmas. Les méthodes quantitatives en histoire de la santé : bilan d'une étude d'épidémiologie historique. Écrire l’histoire de la médecine : temporalités, normes, concepts, Nov 2013, La Plaine-Saint-Denis, France. 2013. 〈hal-01322689〉

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